Ce qui est intéressant dans la lecture de la bible en hébreu, c'est de comprendre les mots, de les disséquer. Chaque mot hébreu à toujours au moins deux sens, c'est ce qui s'appelle l'amphibologie *. Le sens véritable du mot réside dans le jeu de la tension entre ces deux sens. 

La racine du mot shem -nom- est sham qui veut dire "là-bas". Avoir un nom c'est avoir un rapport avec un "l'à-bas". Dans le nom il y a, donc,  une notion d'espace, de distance entre "l'ici et le là-bas". On remarque cela dans le langage quotidien, en effet, en hébreu on ne dit pas "je m'appelle Jacob", "Qorim li Jacob" veut dire "on m'appelle Jacob". La notion du nom implique un autre qui est loin de moi, qui est là-bas car s'il était ici , il ne m'appellerait pas. 

ICI: se dit Po, qui veut dire la bouche. Ici est le lieu de ma parole; mais peut se dire aussi Khan dont l'anagramme Anakh signifie vertical, debout. Ici est le lieu de ma verticalité. Il faut remarquer que "Je suis" - Anokhi- vient du mot Anakh qui veut dire vertical; donc quand je dis "je" je veux dire que je suis présent ici dans ma verticalité mais aussi dans le principe de ma parole puisque cet "ici" est la dimension de la bouche. 

La notion de nom qui est lié à la notion d'appel, à la notion de distance est, aussi, lié à la notion de lecture. En effet, le verbe Qore -appeler- veut aussi dire: lire. La notion d'appel de l'autre est donc une notion de lecture. Appeler quelqu'un c'est aussi le lire mais le lire d'une manière hébraïque, c'est à dire le lire avec une première approche et si je prends le temps du déchiffrage je vais découvrir le sens caché. Quand je nomme quelqu'un ce n'est pas seulement le faire venir mais lui notifier un respect et lui montrer que si je prends le temps je peux comprendre la profondeur de sa personnalité. 

La valeur numérique de shem -nom- et de Sefer -livre- est la même, à savoir 340. Mais est-ce aussi simple? Un face à face avec l'autre est-il suffisant pour le connaître? 

La lecture d'Exode 3, l'épisode du buisson ardent, est remarquable à ce sujet. D'abord, on voit que Moïse est attiré par ce buisson qui ne se consume pas. Ce que que je peux voir de l'autre, ce que peux déchiffrer et comprendre de l'autre ne consume pas l'infini de la personnalité de l'autre. L'autre se présente, l'autre se manifeste et je le lis mais il n'est jamais consumer par ma lecture. La vraie lecture de cette nomination est une sorte de respect infini de sa personnalité. Appeler, nommer quelqu'un c'est respecter cet infini dont il est porteur.

Nom: se dit shem, en hébreu, et s'écrit avec un Shem de V.N. 300 et un Mem de V.N. 40; la valeur numérique différentielle de Shem vaut 260 qui est la V.N. de SaR, Sameh, Resh qui veut dire: Détour.

Sommes-nous prêts à nous détourner non seulement pour entendre notre appel mais aussi pour connaître notre prochain?

*une étude de Marc-Alain Ouaknin sur l'amphibologie est le support de cette méditation.